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SERIE : La Nuit Noire de l’âme – De St Jean de la Croix à Jung.

CHAPITRE 2 – Nigredo : quand tout commence à se défaire.

Que reste-t-il quand ce qui nous définissait ne tient plus ?

Dans le premier chapitre, nous entrions dans la nuit. Avec la nigredo, l’œuvre au noir, nous explorons les images alchimiques de cette désorganisation.

La matière première, prima materia, noircit, se dissout, se décompose.

La solutio, ou dissolution, évoque la perte des contours. Certaines certitudes et identifications ne nous permettent plus de nous orienter.

La motificatio ou mort symbolique touche et détruit ce que nous prenions pour nous-mêmes. Si je me suis construit autour de la croyance que je dois toujours être fort, utile, irréprochable… alors lâcher cette place peut menacer mon existence toute entière. Car je me suis identifié à ce rôle… qui n’est pas moi. Qui n’est pas mon essence.

Qui suis-je, si je ne peux plus être celui ou celle que je croyais devoir être ?

La putrefactio, ou décomposition donne une image de cet entre-deux. L’ ancienne organisation se défait tandis qu’aune nouvelle forme n’est encore perceptible, ce qui peut être extrêmement souffrant et déstabilisant.

Cela implique de rencontrer aussi ce qui dérange, ce qui semble informe ou ce que l’on préférerait tenir à distance. La confusion elle-même devient quelque chose à examiner.

La nigredo donne une forme symbolique à ce moment où l’ancien se défait, tandis que le nouveau ne peut pas encore être discerné.

Ces images se répondent mais ne constituent pas une succession d’étapes que chacun devrait nécessairement traverser.

Chez Jean de la Croix, la nuit passive atteint jusqu’à la relation au divin : les consolations de retirent, et l’âme n’arrive pas à les retrouver par ses efforts habituels. Dans la lecture psychologique proposée par Odorisio, l’égo rencontre les limites de sa maitrise. Il essaie de s’approprier l’expérience mais il ne peut plus.

C’est peut-être l’une des dimensions les plus exigeantes de la nigredo : demeurer au contact d’une expérience dont on ne possède pas encore la signification et où aucune nouvelle forme ne peut encore prendre le relais.

La nigredo est une image pour penser certains processus de transformation, elle ne permet pas d’affirmer que toute détresse serait une initiation, ni qu’une épreuve conduirait nécessairement à une renaissance. Evidemment, elle ne revient pas à glorifier la souffrance mais plutôt la résilience.

Sa force symbolique réside ailleurs : ce qui semble décomposé, sans valeur ou impossible à comprendre peut encore contenir des possibilités que la conscience ne sait pas encore reconnaître.

Dans une lecture psychologique, cela suggère que les éléments les plus difficiles de notre expérience peuvent entrer dans une nouvelle compréhension de nous-mêmes.

A suivre : chapitre 3 – La lumière obscure.

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SOURCES : article de David M.Odorisio « Of Gods and Stones : Alchemy, Jung and the Dark night of St John of the Cross”, the Journal of Transpernoal Psychology, 2015, vol 47, n°1.

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